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L’évènement s’annonce comme l’étape incontournable de son séjour londonien, faisant passer Kasimir Malevitch pour subsidiaire. En pleine Tate, nous commençons donc avec excitation par lui. Mireille m’indique s’être familiarisée avec l’artiste via la documentation de l’exposition Cher peintre… J’ai rencontré sa production bien plus tard grâce à une série d’estampes présentées étrangement dans une galerie de Bombay quelques mois avant sa mort. Parcellaire, cet aperçu ne m’avait pas permis d’apprécier par après une suite jaunâtre et résineuse montrée à Art Basel Unlimited, ultime pèlerinage pour beaucoup, la foire se dressant dans l’immédiate proximité de son décès.

En bavardant peintres pour peintres, Mireille m’apprend l’existence de René Daniëls.

Il faut se désoler du peu de visibilité de Sigmar Polke en France. Nous nous enthousiasmons d’emblée pour un ensemble de peintures, toutes de 1964, toutes drôles et intelligentes. Des bassines, des chemises, des détails mystérieux. Nous sommes loin de nous douter que peu d’oeuvres nous éveilleront autant par la suite malheureusement.

Nous ricanons en nous remémorant une gravure peste signée par Picasso. Conservée au Musée Réattu à Arles, cette vignette se moque d’Henri Matisse son contemporain. Trouverons-nous ici une pépite pareille singeant Gerhard Richter ?

Plusieurs grandes toiles affichent de franches bordures blanches encadrant une surface centrale. Cet attrait pour les marges nous conforte, Mireille Blanc étant particulièrement attentive dans son propre travail à la figuration de ces indices qui nous éloignent plus encore des sujets. Deux toiles d’une même fournée, reprennent sur textiles scintillants, le lyrisme graphique des lignes de la main. Chiromancie. Ces arabesques nous font parler des gestes de Clément Rodzielski, Stéphane Calais et même Simon Mathers dont nous avions ensemble découvert la veille, un format dans les bureaux de Mot International.

Il aime ma peinture et il aime pas Borremans ?

Dès que je m’éloigne un peu de Mireille, il reste facile de la localiser en tendant simplement l’oreille : une alarme retentit, c’est elle qui s’agace de ne pouvoir s’approcher davantage des toiles. Nous nous interrogeons sur la facture de ces trames pointillistes. Aucun procédé mécanique, ni même de pochoir, ne semble avoir opéré pour obtenir ces moires grises.

Il doit se faire plaisir.

Un salle pourtant très fluxus prétend d’office « Polke never saw himself as a sculptor ». Nous acquiesçons. Cette monographie s’obstine à révéler une hétérogénéité vertigineuse qui dessert l’artiste plus qu’autre chose.

Plusieurs photographies me rappellent que de Sigmar Polke, j’avais aussi commencé par regarder des tirages chez Leo Koenig à New York en 2011. Sa série de palmiers fantaisistes reste irrésistible.

Puis s’impose tout une enfilade seventies par laquelle l’artiste s’embourbe dans des expérimentations psychédéliques. Tout est flou. Il y a des champignons partout. L’exotisme indien est omniprésent. Shebam, pow, blop, wizz. Mireille poursuit une observation minutieuse. Je m’enfuis vers les années quatre-vingt.

Nous nous retrouvons un peu sonnés. Cette exposition semble seulement exister pour tempérer l’engouement porté envers l’artiste. Belle circonstance cependant pour que Mireille me raconte comment un jour elle but un café avec Luc Tuymans. Une autre confidence m’apprend comment le maître himself sortit la production de Bruno Perramant de la confidentialité de son atelier.

Il est beau ce noir.

L’accrochage se fait de plus en plus rugueux, grandiloquent, sans saveur. La comparaison avec la monographie assurée par Guy Tosatto au Musée de Grenoble est de plus en plus cruelle. Heureusement une salle plutôt rose surgit avec une flopée de gravures déformées. Toute l’exposition se termine subitement, sur un livre noir d’encre.

En tout cas, ça donne envie de faire, de peindre.


Alibis : Sigmar Polke 1963–2010 jusqu’au 8 février 2015 à la Tate modern à Londres