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Il est au loin dans l’immensité du Turbine hall. J’évite le vaisseau de Richard Tuttle flottant dans ce volume. Une fois en contrebas, cette commande s’avère plus appréciable. Avion en robe. Arme travestie. Nous l’oublions. Et nous approchons progressivement d’un panneau de verre Sécurit zébré suite à un choc. Le vaste dessin trouble produit par les bris toujours solidaires, est impressionnant.

I want it.

Des enfants nous font fuir en nous saluant exagérément depuis l’intérieur de la pièce dont la paroi endommagée nous sépare. Je rappelle à Oliver avoir découvert son travail à Londres justement, dans un espace désaffecté sur Hoxton square. Nous parcourrons l’incroyable nef. L’endroit me semble tout indiqué pour qu’il y conçoive une partition. Et nous en offrir ainsi une lecture renouvelée. Patientons.

Quelques étages plus haut, nous entamons le parcours plus ou moins permanent de la Tate. Oliver a découvert la collection enfant lors d’une sortie de classe alors que l’institution était intégralement coincée dans son actuel bâtiment Britain. Une des premières œuvres présentées lui fait me raconter la légende du Bloomsbury group dont je ne connais rien. Vanessa Bell est peintre, et sœur de Virginia Woolf. Oliver m’évoque les mœurs de cette communauté interlope, et la contrée dans laquelle elle s’isolait, l’East Sussex dont il est lui-même familier. Le groupe porte le nom du quartier dans lequel je vis.

Nous avançons dans des salles que nous regardons peu tant les mises-à-distance y sont présentes. J’évoque la commande adressée à Louis Gary pour l’exposition La loutre et la poutre, en décrivant les fameux créneaux. Nous auscultons ces espaces dont le bavardage des détails techniques et architecturaux nous fascinent.

Une vidéo ancienne de Kader Attia le retient. Pas moi. Ce qui me laisse avancer vers la pièce suivante où j’ai la surprise de découvrir une œuvre de Kim Lim, formellement très proche des mis-à-distances de Louis évoquées quelques minutes auparavant. Une salle entière est ensuite consacrée à Ellsworth Kelly, qu’Oliver voisinait à la Fondation Louis Vuitton où il présentait l’une de ses performances. Il plaisante en affirmant que Frank Gehry a vraiment bien conçu ce puits pour faire résonner les voix d’une terrasse à l’autre. Je me demande si Oliver remodèle les espaces pour ces mises en voix. Ça dépend.

Puis surgit une sculpture de Rachel Harrison, artiste si peu visible en France. Elle s’amuse à inclure dans sa composition une mise-à-distance, ce qui étoffe plus encore notre échange sur la question.

Nous nous surprenons d’un vaste ensemble d’œuvres graphiques de Louise Bourgeois. Oliver en regarde avec attention les encadrements, cherchant lui-même à enfermer l’un de ses dessins, deux carrés, suggérant un volume par leur surface à peine perceptible. Il craint de frôler l’invisibilité et je sens bien que ce risque est au cœur de son projet. Il me confie avoir appris à dessiner lors d’une fugue italienne. Il voyagea de la même manière, modestement, furtivement, adolescent, à Barcelone et en Inde.

Un tronc de Guiseppe Penone semble être la première œuvre dont il se souvienne. L’occasion d’évoquer le Musée de Grenoble et ma familiarité avec la région Rhône-Alpes. Oliver revient d’un repérage dans le Vercors. Il semble séduit par le contexte qu’il y a découvert et signale que ces centres d’art en patrimoine remarquable est une caractéristique française qu’il retrouve difficilement ailleurs.

Tu aimes Cy Twombly ?

Un volume blanc de Robert Breer, une merveille de Constantin Brancusi, l’élégance douce de Barbara Hepworth. Et le chef-d’œuvre qui nous émeut : une pièce discrétissime de Richard Tuttle, feuille de papier blanche géométrique sobrement épinglée au mur. Nous évoquons les performances heureuses et Oliver précise que Tino Sehgal n’a besoin que de simples corps alors que ses propres pièces nécessite des humains chantant. J’enregistre la différence. Oliver a eu un enchaînement de sollicitations et dit maintenant vouloir un moment pour regarder les autres.

Nous voilà au bar face à la large baie du dernier étage. Nouvelle vitre. Oliver déguste une tarte au citron façon Joseph Albers. Nous avons une vue spectaculaire incluant dans cette obscurité scintillante, une perspective sur le terrain de sport d’une université voisine. J’interroge l’artiste sur l’actualité des expositions à Londres. Il prévoit d’aller au British museum pour y parcourir l’actuel portrait de l’Allemagne à travers six cents ans d’objets. Son père est opticien. Et les lunettes que porte Oliver lui ont justement été ajustées à partir d’une monture germanique du siècle passé.


Permanent collection à la Tate modern à Londres

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